lundi 30 mai 2022

Pensée chinoise et philosophie platonicienne : la complémentarité de la culture chinoise et de la culture occidentale, JianMing Zhou

 Résumé :


L’Idée de Platon, pierre angulaire de la philosophie occidentale, désigne la Forme pure transcendante. Son caractère abstrait et absolu par rapport aux choses sensibles le rapproche des formes géométriques. De l’autre côté, le concept Yin-Yang (changement, transformation ou mutation) de la pensée chinoise fait référence à la propriété universelle de toutes les choses du monde, mais ne possède cependant pas de forme propre absolue. La mutabilité des formes donne un aspect concret aux formes géométriques, mais l'unité de la transcendance ne peut être réalisée que dans la pensée. Il existe une cohérence extrême entre le ruban de Mobius, la bouteille de Klein et le diagramme de Taiji. La complémentarité entre le concept Yin-Yang associé au Tao de la pensée chinoise et l’Idée de Platon révèle une connotation profonde, commune à la culture chinoise et la culture occidentale.


Table des matières

  1. Introduction

2. Idée et forme

3. La mutabilité des formes

4. Le vrai, le bien et le beau

5. La complémentarité de la philosophie chinoise et de la philosophie occidentale


1. Introduction

   

Dans le contexte de l’âge axial, Platon (427-347 avant JC) ou Socrate et Platon, sont considérés comme un jalon dans l’histoire de la philosophie occidentale, à l’instar de Confucius (551-479 avant JC) ou Laozi et Confucius, dans la pensée chinoise. Bien que tout ne leur soit pas attribué, ils représentent le début et le fondement des deux philosophies, dont nous ne comprenons pas encore pleinement la portée jusqu’à ce jour. Pour la philosophique occidentale, Platon et Aristote (384-322 avant JC) représentent différents courants, de même que Laozi et Confucius. Aristote était un étudiant de Platon, tandis que la signification de leur désaccord n'est pas entièrement comprise. D’autre part, la relation aussi importante - peut-être plus profonde - entre Confucius et Platon, ne semble pas non plus être complètement saisie. Bien que Confucius et Platon n'aient aucun lien sur le plan historique, l'histoire révèle l'existence d'une relation complémentaire au-delà du temps et de l'espace. Cet article ne traite pas spécifiquement de leurs similitudes et de leurs différences au niveau doctrinal, mais les prend uniquement comme représentants, afin d’explorer l'origine de la pensée chinoise et de la philosophie occidentale.


2. Idée et Forme


L'Idée de Platon (eidos « idée ») a plusieurs sens, mais elle ne fait pas directement référence au concept exprimé par le langage ; ce travail a été développé par Aristote. Le sens essentiel de l'Idée de Platon est « idéal » ou « modèle »,  et se réfère à l'existence spatiale de la forme des choses. Ainsi, l’Idée et la Forme sont synonymes chez lui. Ceci apparaît clairement à travers la célèbre analogie du lit (La République X), qui montre que l'Idée est la Forme abstraite et parfaite des choses, et non pas la relation abstraite entre les choses. Il s’agit d’un point essentiel pour comprendre la notion d’Idée chez Platon.


L'Idée est une forme absolue. Le concept de lit n'a pas de propriétés physiques, en dehors de sa forme parfaite. Cette caractéristique est exactement la même que la pureté de la forme géométrique. Par exemple, le plan pris comme élément géométrique n’a pas d’épaisseur, soit pas de propriété physique. La forme pure de l'espace est donc une idée absolue, et non pas une figure géométrique. Comme le dit Platon, le peintre n’imite que des choses spécifiques, et la forme géométrique absolue s'exprime à travers des figures géométriques. Les Idées sont « mémorisées » (concept de la réminiscence), éclairant ainsi celles qui ne relèvent pas des émotions, et sont insensibles et insaisissables. La métaphore de la lumière est prépondérante dans les dialogues de Platon ; il s’agit d’un héritage important laissé à la philosophie occidentale et à la théologie.


Les choses spécifiques ne deviennent une réalité sensible qu’à travers leur participation de l’Idée ; les artisans ne font que des lits spécifiques selon l'Idée du lit. Les choses spécifiques sont différentes et variables, tandis que l'Idée en tant que forme complète, pure et immuable, est absolue et éternelle. En ce sens, l'Idée a une dimension ontologique et une existence transcendante. Platon n'a pas opéré de distinction entre l'ontologie et l’existence ; la nature transcendante de l’Idée n’est pas appréhendée, mais n’existe que dans l'âme. C’est justement l’Idée qui rend l'âme immortelle. Ceci constitue la véritable pierre angulaire de l'immortalité de l’âme chez Platon.


L'essence de la connaissance éternelle et nécessaire est l’Idée. En ce sens, la connaissance est absolue. Par conséquent, la connaissance en tant que vérité est de nature transcendante et précède toute expérience. Les connaissances sont donc des souvenirs des Idées, et l'apprentissage ne consiste donc qu’à se souvenir : c’est la théorie du souvenir des connaissances. Avec la notion d’Idée, Platon a jeté les bases de la philosophie occidentale, tout en laissant derrière lui la question de la phase commune dans l’expression des Idées en tant que concepts, problème que la philosophie occidentale n'a pas été en mesure de résoudre pendant plus de deux mille ans.


3. La mutabilité des Formes


L'Idée formelle de Platon n'a finalement pas été clairement développée et exprimée. Bien que celui-ci en ait débattu à plusieurs reprises dans ses dialogues, le problème crucial est que la métaphore ne peut pas exprimer explicitement la transition entre l'Idée et la chose sensibles, soit le phénomène de « participation ». Les Idées peuvent être imaginées (au moyen du souvenir) en pensée, mais elles ne peuvent pas exprimer la relation avec le monde reél dans la forme elle-même. Platon considère que les peintres et les poètes imitent simplement des choses concrètes et ne peuvent pas exprimer l'Idée elle-même. L'expression de la forme spatiale est réalisée par la géométrie. La géométrie occidentale a été pleinement développée dans les temps anciens, mais se réduisait alors qu’à la géométrie statique (géométrie euclidienne translationnelle), ne pouvant ainsi saisir la mutabilité des Formes. 


Bien que Platon ait pu s’inspirer de la pensée des autres sages grecs sur la mutabilité incessante des choses et la connaissance de géométrie, avait aussi une compréhension relative des formes géométriques, des changements de propriétés des choses et de la relation complexe entre les espaces (Le Timée), il n'a pas élaboré de théorie à ce sujet, encore moins de représentation valable de la mutabilité de Formes, demeurant ainsi entre la Forme et le concept. 


C’est en géométrie topologique moderne que l’on a découvert et étudié la mutabilité des Formes, avec tout d'abord le fameux ruban de Mobius (Figure 1), du nom du mathématicien allemand Ferdinand Mobius (1790-1868). Prenez une bande de papier, tournez les deux extrémités de 180 degrés, et les collez ensemble pour former un ruban de Mobius : sur chaque partie du ruban, il y a deux faces (Yin et Yang, selon la conception chinoise), mais pour le ruban entier Il n'y a qu'une seule face : le Yin et le Yang sont associés de manière simple et spéctaculaire !  




                                      Figure 1


Si vous remplacez le ruban de papier par un tube déformable et réalisez le collage de la surface intérieure et de la surface extérieure (Yin et Yang) du récipient, il est impossible de coller les deux extrémités du tube en tournant la surface intérieure, car on n’obtiendrait qu’un anneau creux comme un pneu. Il faut percer une extrémité du tube même, puis coller les deux extrémités (Figure 2). Ainsi obtient-on la bouteille de Klein avec une seule face, qui tient son nom du mathématicien allemand Felix Klein (1849-1925). 




                                        Figure 2


Le ruban de Möbius et la bouteille de Klein sont généralement étudiés comme des exemples bien connus de la géométrie topologique. En tant que des figures géométriques, elles sont claires, entrelacées et belles par ailleurs, mais les gens sont souvent perplexes devant la nature de ce qu'elles expriment. Presque tous les mathématiciens, les philosophes et les passionnés sont fascinés par cette dimension mystérieuse exprimée par de simples images géométriques, qui sont pourtant difficiles à appréhender : comment deux faces en deviennent-elles une seule, comment une seule en devient-elle deux ? Ces figures ont révélé la philosophie de la géométrie à partir de la mutabilité de formes, et exprimé les principes philosophiques les plus profonds par la méthode de la géométrie. Ce genre d’énigmes qui n’étaient pas entièrement compris par la philosophie et la géométrie occidentales ont été complètement saisis par d'anciens penseurs chinois.


Si nous poussons davantage l’abstraction avec le ruban de Mobius et la bouteille de Klein, en supprimant leurs propriétés spatiales, nous pouvons obtenir un schéma de pensée plus théorique, avec le diagramme du Taiji chinois (Figure 3). Ce schéma exprime de façon abstraite la nature absolue de tout : le Yin et le Yang, et leur unité. C'est l'idée chinoise ancienne de Tao et de Yi (changement, transformation, mutation) :  « Connaître le blanc, garder le  noir, c'est le modèle du monde. La vertu constante ne faillira pas, et il reviendra à Wuji » (Laozi 28).  


                                    Figure 3


La correspondance entre le schéma du Taiji et l’énoncé de Laozi est saisissante. Ce n'est pas une analogie forcée entre un schéma et une citation, il s’agit de la cohérence des idées. Le ruban de Mobius et la bouteille de Klein montrent le processus d'unification du Yin et du Yang mais n’en expriment pas la dimension transcendante, car il manque cette idée dans la philosophie occidentale.  Or, celle-ci existe dans la philosophie chinoise, qui n'a toutefois pas de moyen clair de l'exprimer, du fait que la géométrie n’était pas suffisamment développée dans la Chine ancienne, et les conceptions philosophiques les plus profondes étaient véhiculées au moyen de schémas simples, tel que le diagramme du Taiji. Ce schéma n’a rien de mystérieux, mais reflète la profondeur de perspective de la pensée en elle-même. 


Grâce au ruban de Mobius et à la bouteille de Klein, les idées philosophiques contenues dans le diagramme du Taiji peuvent être exprimées de manière plus intuitive. Inversement, avec l'aide de la pensée chinoise, le sens de certains concepts de la géométrie moderne, qui comprend la géométrie non euclidienne, la géométrie projective, les groupes de transformations etc, peut être mieux compris, et seront même utiles pour appréhender certaines idées mathématiques et physiques complexes, telles que celle d’espace physique. Ainsi les scientifiques les plus avant-gardistes s’inspirent consciemment d’idées chinoises, telles que la théorie du chaos, la théorie de la non-linéarité, la théorie des systèmes complexes etc. Peut-être la pensée chinoise nous donnera quelque chose de plus profond.


4. Le vrai, le bien et le beau


Dans les dialogues de Platon, l’Idée, le beau, la vérité, la connaissance et le bien s’expliquent mutuellement et sont intimement enchevêtrés, leur pierre angulaire étant la Forme. Le beau est utilisé pour abstraire et expliquer la Forme, ainsi que pour dégager la relation entre l’Idée, la vérité et la connaissance. L'Idée est la Forme parfaite des choses. Elle n'a ni différence ni limite, elle est donc belle. En ce sens, le beau est la Forme complète des choses sensibles. Par conséquent, le beau constitue l'abstraction et la transcendance des choses sensibles. La Forme absolue est le beau, mais il existe des différences entre les choses sensibles, de là la pluralité des Idées, au sein desquelles se trouve une Idée supérieure que Platon appelle le bien (état idéal). « Ce qui donne le vrai aux objets de connaissance, la capacité aux sujets de connaissances, est l'Idée du bien. C'est la cause de la connaissance et du vrai dans la cognition. La vérité et la connaissance sont belles, mais l'Idée du bien est plus belle que les deux, ce qui est la connaissance du bien. » Par conséquent, l'Idée n'est pas l'existence ultime. L'Idée est transcendée (embellie) par le beau. De cette façon, Platon passe de l'Idée à la Forme la plus élevée : le Bien. L'Idée est transcendante. Elle n'a aucun moyen de retourner sur le rivage, donc elle ne peut devenir que le Bien qui appartient au dieu. Le beau ne peut pas être utilisé pour expliquer le divin, et Platon ne peut pas se prononcer davantage sur le bien. Ainsi, la philosophie de Platon ne parvient pas à dépasser la dichotomie.


L’idée du Tao chinois désigne le changement en soi et se manifeste par la relativité et la transcendance du Yin et du Yang en toutes choses. À travers l'image de la bouteille de Klein, nous pouvons voir le processus de changement du Yang en Yin et du Yang en Yin. De chaque point de vue particulier, le Yin et le Yang sont clairement opposés, mais dans l'ensemble, il n'y a pas de différence entre le Yin et le Yang : il s’agit d’une unité dans l’harmonie.


Par conséquent, les idées de la pensée chinoise ne sont pas des formes figées de la beauté, mais des changements ou des transformations de formes en soi. La stagnation de la mutabilité des formes signifierait la mort de la pensée chinoise, car la pensée chinoise est la mutabilité des formes en soi. Le diagramme du Taiji n’est pas la forme du beau, bien qu’il soit beau dans la forme. Il contient la beauté du changement, la beauté de la fluidité, la beauté de la pensée, et donc le beau en soi. Dans ce sens, il est l’unité du beau et du bien. L’esprit de la culture chinoise est plein de sa propre unité harmonisée, et l’homme et le ciel sont ce qui intègre le Yin et le Yang de la manière la plus complète dans le monde. « L'unité entre le ciel et l'homme » correspond à l’idée d’unité transcendante au-delà des changements intrinsèques à toutes les choses du monde. La voie du Yin et du Yang n'est pas une opposition absolue et la pensée chinoise ne consiste pas en une dualité opposée. Au contraire, elle s'unifie en elle-même de manière permanente.


De fait, la vérité s'exprime dans la connaissance. La doctrine de la connaissance de Platon ne renvoie en réalité pas à la connaissance des propriétés et des relations entre les choses, mais à la compréhension de la relation entre l’Idée et la pensée. C'est pourquoi beaucoup de gens se méprennent sur ses connaissances.


Le souvenir de Platon se réfère en fait à la pensée. L'Idée est une existence transcendante : elle ne peut être ressentie ou observée à l'œil nu, et seule la pensée (la mémoire) peut s'en approcher. Par conséquent, d’après le philosophe, la connaissance est le souvenir de l’Idée. On comprend parfaitement que l'artisan a fait un lit selon l'Idée dans son esprit (grâce à la mémoire), ceci n'est guère surprenant. Ainsi, bien que l'Idée soit transcendante, la pensée peut s'en approcher. Le souvenir de Platon est un processus par lequel la pensée s'approche de l'Idée. L’Idée en tant que connaissance de la vérité ne peut pas être appréhendée. L'image de Socrate est d'admettre qu'il est un débatteur ignorant. Il entend qu'il n'existe pas de connaissance ultime, mais seulement la poursuite de la connaissance, le débat et le dialogue sont un processus au cours duquel deux personnes recherchent ensemble la vraie connaissance.


Donc bien que la connaissance absolue - soit l’Idée - ne puisse être atteinte, les gens peuvent partager la lumière de l'Idée dans la poursuite de cette dernière ; là réside le sens véritable de la célèbre métaphore de la grotte de Platon. Les débats de Socrate et les dialogues de Platon décrivent le processus qui rapproche indéfiniment de la vérité.


Dans la pensée chinoise, l'idée du Tao s'exprime dans toutes les choses du monde. Le Yin-Yang est la propriété absolue des choses, et non pas une chose absolue en elle-même. Le Yin-Yang n'est pas une existence transcendante et se réalise en tout, sans avoir de forme absolue en soi : « La grande image n’a pas de forme » (Laozi 41). Il existe dans chaque chose une opposition entre le Yin et le Yang, mais il n'y pas de Yin et de Yang absolus. Le Yin-Yang se situe dans le dépassement de l’opposition, il est éternel grâce au changement. Les gens le saisissent par la pensée. Le diagramme du Taiji est un paradigme, une sorte de référent, pour la pensée ; c’est la caractéristique la plus essentielle de la philosophie chinoise.


Bien sûr, la connaissance des choses obtenue par l’homme a son propre processus d'occurrence, d’apprentissage, et d'assimilation. Il s’agit du renouvellement des connaissances dans le développement et l'accumulation, c'est-à-dire le changement des connaissances en soi, c’est en cela que consiste la vraie connaissance : la vérité. Confucius a dit: «Adonnez-vous à l’étude avec une foi profonde, conservez la bonne voie jusqu’à la mort. » (Les Entretiens de Confucius, chapitre « Taibo »). C'est par l’apprentissage et la poursuite constante que nous pouvons saisir et conserver le Tao.


Laozi met l'accent sur les idées de souplesse, de quiétude, de détachement, connotées par la métaphore du vallon et qui renvoient à la mutabilité des formes dans un état statique : « connaître le mâle et garder la femelle », ou encore l’image du nouveau-né issu de la femme enceinte. Le corps de la bouteille de Klein est une forme (un récipient) où le Yin contient le Yang : s’il n'y a pas de Yin, le Yang ne peut pas naître, mais une fois que le Yang apparaît, le Yin n'est déjà plus celui du passé. Par conséquent, la mutabilité de formes ne consiste pas en la répétition d’un cycle, mais plutôt en un renouvellement permanent. La bouteille de Klein en tant que forme figée ne peut pas exprimer cette idée supérieure, elle n'est que l’enveloppe figée d’une forme muable. Du point de vue de la pensée occidentale traditionnelle, il est donc impossible de comprendre le mystère si simple qui est représenté par le ruban de Mobius, encore moins de parvenir à l’idée supérieure de renouvellement dans la mutabilité. Or, le diagramme du Taiji, plus abstrait, peut orienter la pensée de l’être humain pour les actualiser, et apercevoir en pensée la mutabilité et le renouvellement des formes. Il s’agit de la transformation de la « grande image sans forme », de la compréhension et de la réitération du principe : « par le non-agir, rien qui ne se fasse ».  Il s’agit aussi de la tolérance, de la conviction, de l'attente et de l'espoir de « L’Invariable milieu ». Ces grandes idées se reflètent pleinement dans les concepts culturels chinois anciens : la transcendance du Tao, l’éternité du changement : « Sur la baignoire de Tang, les mots suivants étaient gravés : Si vous pouvez vous rénover un jour, faites-le de jour en jour, que ce renouvellement soit quotidien. » (la « Grande Étude »). L’élévation de la pensée chinoise tient foncièrement à cette dimension transcendante, dont la beauté fait souvent tressaillir.


5. La complémentarité de la pensée chinoise et la philosophie occidentale


À partir de l'analyse ci-dessus, nous pouvons voir que bien qu'il existe une différence claire entre la philosophie occidentale et la pensée chinoise, celles-ci sont unitaires dans leur complémentarité. Tout d’abord, ceci se manifeste pleinement à travers la cohérence entre le ruban de Mobius, la bouteille de Klein et le diagramme du Taiji. Du point de vue de la géométrie euclidienne, il n’y a pas d’intérêt à discerner les deux faces (Yin et Yang) d'un plan, mais si celui-ci se met à muer, il manifeste les propriétés des deux faces du Yin et du Yang et ce genre d’opposition, grâce à la mutabilité, atteint de nouveau l’unité. C'est en cela que l'idée formelle et la pensée chinoise sont unitaires. D'un autre côté, toute chose particulière possède un caractère différencié et antithétique (soit le Yin et le Yang) qui est universel, sans que le monde en soit pour autant divisé et détruit. Par son propre changement, le monde devient l'harmonie du Tao. Le Tao se manifeste de manière transcendante dans toutes les choses du monde ; ceci reflète sa dimension absolue et éternelle. Là se trouvent la complémentarité et la cohérence entre la pensée chinoise et les idées de la philosophie occidentale. Ce n'est que sur ce plan supérieur que nous pouvons saisir plus profondément la signification de toute la culture humaine.


Remerciements :

Traduit par Yu Li, et merci à Laetitia Chhiv pour sa relecture attentive et ses corrections soigneuses. 


Référence

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Platon

[2] Yi Jing – Yi King, le Livre des Mutations (Richard Wilhelm), http://wengu.tartarie.com/wg/wengu.php?l=Yijing&lang=fr&no=0

[3] Lun Yu - Les Entretiens de Confucius (Séraphin Couvreur)  http://wengu.tartarie.com/wg/wengu.php?l=Lunyu&lang=fr

[4] The Doctrine of the Mean (James Legge), http://nothingistic.org/library/confucius/mean/index.html

[5] Tao Te King (Stanislas Julien), https://fr.wikisource.org/wiki/Tao_Te_King_(Stanislas_Julien)




vendredi 31 décembre 2021

Se donner et donner aux autres un frais départ - Trois légendes

 À la suite de mes recherches sur l'interprétation du théorème d'incomplétude de Gödel, j'ai espéré trouver un exemple intuitif et riche en interprétation de problèmes indécidables [1] et j'ai récemment appris l'existence du théorème de Goodstein [2].


Le théorème de Goodstein est une proposition sur les nombres naturels : toutes les suites de Goodstein se terminent éventuellement par 0. Goodstein a prouvé que ce théorème était prouvable dans la théorie des ensembles ZF en 1944, et Kirby et Paris ont prouvé que ce théorème n'était pas prouvable en arithmétique de Peano en 1982. Le théorème de Goodstein est alors devenu un problème indécidable en arithmétique de Peano.


Pour illustrer le sens de la preuve de Goodstein, Kirby et Paris ont donné une variante du théorème de Goodstein dans leur article : le jeu de l'hydre, qui recrée le mythe grec de Hercule et de l'hydre de Lerne dans la mythologie grecque.


J'admire Kirby et Paris pour leurs efforts visant à donner un nouveau souffle à la culture traditionnelle et à se rapprocher du public ! Le mythe d'Hercule et de l'hydre de Lerne me rappelle le mythe chinois de Houyi tirant sur des soleils, et le mythe indien de Rama et Ravana de dix têtes.


En cette fin d'année, ces mythes d'origines culturelles différentes peuvent nous donner de l'inspiration pour se donner et donner aux autres un frais départ !


1Houyi tirant sur des soleils [3]


Dans les temps anciens, il y avait dix soleils dans le ciel, et ils cuisaient tous la terre, rendant difficile la survie de tous les êtres vivants. Et au moment où le peuple était désespéré, le héros Houyi est apparu et a abattu neuf des dix soleils avec son arc et ses flèches.


Il n'y avait donc qu'un seul soleil que nous pouvons voir aujourd'hui, laissant la lumière du soleil aux générations futures pour obtenir le jour et la nuit, les saisons et la croissance de tout.



2Hercule et l'hydre de Lerne [4]


Le combat d'Hercule contre l'hydre de Lerne est le deuxième travail d’Hércule : dans le marais de Lerne, vivait une hydre, monstre aquatique possédant neuf têtes. Hercule et l'hydre se sont livrés une grande bataille, et chaque fois que le héros coupait la tête d'un monstre avec son épée, une nouvelle tête naissait. Hercule appela alors son neveu pour l'aider et brûla le cou brisé avec une torche afin que la tête ne puisse pas renaître, et enfin il coupa toutes les têtes et les enterra dans la terre, en les écrasant avec une grosse pierre, pour soumettre le démon.


Zeus commémora plus tard le grand travail d'Héraclès en élevant dans les airs l'hydre qu'il avait tuée et en la transformant en la constellation du Grand Serpent.



3Rama et Ravana [5]


La place de Rama dans la culture indienne est équivalente à celle de Jésus dans la culture chrétienne. Dans l'épopée du Ramayana, l'épouse de Rama est enlevée par Ravana. Rama se dirige vers le sud et rassemble une armée pour traverser le Sri Lanka et faire la guerre, pour finalement vaincre et tuer Ravana.


Ravana avait dix têtes et Rama a dû couper les dix têtes pour tuer Ravana une fois pour toutes. Une fois la guerre gagnée, Rama dit : " Je vais dans l'Himalaya pour faire pénitence car j'ai commis un grand péché. J'ai tué un homme qui était un fervent adepte de Shiva, un brillant érudit, un grand roi, un homme généreux." Les personnes présentes étaient choquées. Son frère a dit : "De quoi parles-tu ? Il a kidnappé votre femme !" Mais Rama dit : " De ses dix têtes, l'une était pleine de sagesse, de piété et de dévotion. Je regrette d'avoir coupé cette tête."



Rérérence

1https://fr.wikipedia.org/wiki/Décidabilité

2https://fr.wikipedia.org/wiki/Théorème_de_Goodstein

3https://fr.wikipedia.org/wiki/Houyi

4https://en.wikipedia.org/wiki/Lernaean_Hydra

5https://www.ishayoga.net/sadhguru-spot/makar-sankranti-and-pongal-a-fresh-start/


dimanche 31 octobre 2021

Le Go et l’esprit d’ermite - l'histoire du « manche pourri » 

Dans la Chine ancienne, à l'époque de la dynastie Tang (618-906), le Go était l'un des Quatre Arts nécessairement maîtrisés par toute personne cultivée, avec la poésie, la musique et la peinture. Bien que parfois le champ lexical de la guerre et de la bataille soit utilisé pour décrire l'affrontement de deux joueurs, le Go n'est pas considéré comme un affrontement entre deux concurrents, ni comme une compétition. Bien au contraire, le Go doit permettre aux joueurs de se détacher, d'entrer en transcendance, d'adopter un état d'esprit d'ermite. Il s'agit là d'une caractéristique typique des chinois : dépasser le simple jeu, aller au-delà des règles et de l'enjeu. 

Une légende, l' « histoire du manche pourri » (265-420), traduit fort bien cet état d'esprit : Wang Zhi, un bûcheron, alla couper du bois dans la montagne. Il vit deux ermites qui jouaient au Go et resta à leurs côtés, observant la partie. Le temps passait et, de temps à autre, il mangeait une datte. Soudain, il entendit crier : « Pourquoi ne rentres-tu pas ? Regarde le manche de ta hache ! ». Il découvrit alors que son manche avait pourri. Cent ans s'étaient écoulés. 

Loin de cet état d'esprit d’ermite aujourd’hui, AlphaGo, la rencontre du Go et de l’IA, a battu les humains est un véritable révélateur, notamment du point de vue de la relation entre l'Homme et la Machine.



 

lundi 11 octobre 2021

« Le voyageur nostalgique qui n’aime pas à la maison »

Un groupe de jeunes "Mojo Travellers" du Conservatoire d'Amiens s'est embarqué dans un voyage musical. Nous leur souhaitons bonne chance et bon voyage !


« On revient vers vous, comme promis, en ce début d'année, afin de vous présenter notre tout premier clip, "Homesick Traveller Hates Being At Home". On espère que notre travail vous plaira. 


Les partages et les likes nous seront d'une grande aide pour le début de notre aventure, alors n'hésitez pas. 


On voudrait également mettre en avant le travail de Mélina Tolotti, qui a produit le clip. Un grand merci à elle et à vous tous. « 


Site web de Mélina : https://www.melinatolotti.com/

Soundcloud : https://soundcloud.com/mojotravellers

Instagram : https://www.instagram.com/mojotravellers/


 

samedi 2 octobre 2021

"Eureka ! L'émotion de la découverte" - la 30e édition de la "Fête de la science"

 Aujourd'hui se déroule la 30e édition de la "Fête de la science », sur le thème "Eureka ! L'émotion de la découverte ».


Créée en 1991, la Fête de la Science est organisée chaque année par le ministère chargé de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation pour permettre à chacun de découvrir le monde des sciences et de rencontrer les femmes et les hommes qui font la science d'aujourd'hui.


Cette année, la Fête de la Science d'Amiens se déroule à la bibliothèque municipale, et pour la troisième fois, avec mes collègues, mes amis, nous allons animer un atelier du jeu de Go : enseigner à jouer le Go, présenter la culture chinoise liée au Go, intelligence artificielle (AlphaGo),…



Référence :

https://www.education.gouv.fr/la-fete-de-la-science-12287

https://fr.wikipedia.org/wiki/Eur%C3%AAka


Eurêka ! (en grec ancien εὕρηκα (heúrêka), signifiant « j’ai trouvé ! »


Eurêka est associé à une légende due à Vitruve qui la raconte dans son De architectura : « Un jour que, tout occupé de cette pensée, Archimède était entré dans une salle de bains, il s'aperçut par hasard qu'à mesure que son corps s'enfonçait dans la baignoire, l'eau passait par-dessus les bords. Cette découverte lui donna l'explication de son problème. Il s'élance immédiatement hors du bain, et, dans sa joie, se précipite vers sa maison, sans songer à s'habiller. Dans sa course rapide, il criait de toutes ses forces qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait, disant en grec : « Εὕρηκα, Εὕρηκα »1. ».




vendredi 30 juillet 2021

Greco, précurseur de la peinture moderne, et « Le Martyre de Saint-Maurice »

Une citation de l'introduction au Yoga de Sadhguru m'a frappé [1] :
Il y avait un peintre espagnol, El Greco. Un beau matin de printemps, il était assis avec toutes ses fenêtres fermées. Son ami est entré et lui a dit : "Pourquoi es-tu assis avec toutes ces fenêtres fermées ? Sortons. Viens. Il fait beau dehors, ouvre au moins les fenêtres." Il répondit : "Je ne veux pas ouvrir les fenêtres parce que la lumière intérieure brille, je ne veux pas qu'elle soit perturbée par la lumière extérieure.

C’est qui, El Greco ?

El Greco (1541-1614) est considéré comme le premier grand génie de l'histoire de l'art espagnol. Ses peintures, caractérisées par de longues figures courbes et des couleurs grotesques et imprévisibles. Il a adapté son style byzantin à un style occidental et est considérées comme un précurseur de la peinture moderne [2].

Né sur l'île grecque de Crète, Greco se rendit à Venise et à Rome à l’age vers 20 ans pour étudier la peinture avant de s'installer à Tolède, en Espagne, où il fit une brillante carrière de peintre. Bien que déjà une lé- gende dans le milieu des artistes, Greco fut oublié après sa mort et resta dans la poussière pendant près de trois cents ans ! Ce n'est que dans la seconde moitié du XIXe siècle, de Madrid à Paris, qu'un groupe d'intellectuels amateurs d'art moderne a fait de Tolède son pèlerinage, balayant la poussière et la crasse noircie par les bougies tombées sur les tableaux au fil des siècles, pour découvrir la "modernité" qu'ils voulaient dans l'art ! Lorsque Picasso avait 16 ans et apprenait à peindre à Madrid, il prenait le train pour Tolède dès qu'il le pouvait pour voir le Greco, qui a influencé ses peintures de la période bleue. [3]

En juillet 2021, en France, toujours sous l'ombre de l'épidémie malgré la levée du confinement, avec ma belle sœur, nous sommes envolés pour Madrid, puis nous sommes montés dans un train pour Tolède, l'ancienne ville espagnole où Greco a passé le reste de sa vie.

Nous sommes logées dans un petit hôtel avec un balcon rempli de bonsaïs chinois et dernière la cathédrale de Tolède qui est fusionnée des styles de l'islam, du judaïsme et du catholicisme. Nous avons déposé nos bagages et commencé à errer dans les petits ruelles, en vivant ce que Maurice Barrès a décrit dans son livre "Greco ou le secret de Tolède" [4].

Au temps du Greco, elle était bien cette même ville que je vois, ce même fleuve qui s'écoule devant mes yeux ; elle demeure toujours la cité bâtie sur un roc de granit, âprement cernée par le ravin profond du Tage. Au milieu d'un pays immobile, elle forme aujourd'hui encore une énorme grappe, une ascension composite d'églises, de couvents, de maisons gothiqes, de couloirs arabes haussés et rétrécis. Et ses pierres continuent de dire les mêmes choses qu'avaient entendues Greco et qu'il fortifie du discours abondant de ses tableaux dans les chappelles délabrées. Les raisons de Tolède! c'est un superbe dialogue entre la culture chrétienne et l'arabe, qui s'assaillent et puis se confondent.»

La ville abrite une grande collection de tableaux de Greco, aussi bien dans des églises et des monastères que chez des particuliers. Parmi ceux, « Le Martyre de saint Maurice », me semble à ouvrir une fenêtre pour connaître Greco [5], ...

« Le Martyre de saint Maurice » est un retable réalisé par le commande de Philippe II, le roi d’Espagne. Ce tableau représente l'événement historique du martyre de saint Maurice due avoir désobéi aux ordres de l'empereur romain de massacrer les chrétiens.

Maurice était le commandant romain de l'armée de Thèbes, un païen devenu chrétien par l'inspiration du Saint-Esprit. Au troisième siècle de notre ère, Maurice et ses légions ont désobéi à l'ordre de massacrer les chrétiens locaux et ont été punis par l'empereur romain avec la "loi des onze tirages", qui consistait à tirer au sort des groupes de dix et à exécuter la personne tirée au sort.

Selon l'évêque de Lyon du Ve siècle, Eucharius, après la première série de onze tirages, personne dans la légion thébaine n'était disposé à exécuter l'ordre de massacrer les chrétiens ; après la deuxième série de onze tirages, personne n'était disposé à le faire. L'empereur, furieux, ordonne l'exécution des 6 600 hommes de la légion.

Cependant, le tableau de Greco ne correspond pas à l'intention du roi, comme le laissent entendre les commentaires de son contemporain ecclésiastique José de Higuenza, qui estime que le tableau manque d'"encouragement à la foi". En effet, dans ce tableau, Greco ne se concentre pas sur le martyre, mais le relègue à l'arrière-plan, alors que saint Maurice et ses compagnons sont au premier plan en discutant la question : « si l'on doit choisir la mort pour la foi ?»

À cet égard, Maurice Barrès commente [4] :

Les influences italiennes persistent dans ce début du Greco à Tolède, comme dans les travaux qu'à la même époque il exécutait pour Santo Domingo el Antiguo. C'est l'éternelle histoire de l'originalité qui se cherche. Après une série d'oeuvres obscures, un Balzac écrit les Chouans, vrai chef-d'œuvre, mais encore sous l'in- fluence de Walter Scott ; il ne se trouve décidément que le jour où il se tourne à décrire la vie moderne. Ainsi Greco découvrit son génie dès qu'il imagina de peindre les nobles Castillans. Le Martyre de saint Mau- rice et de ses compagnons qu'il exécute pour Philippe II, de 1580 à 1584, atteste qu'il connaît maintenant sa voie : c'est d'exprimer d'une manière réaliste les spasmes de l’âme. 


Référence :
1Yoga – A Technology for Ultimate Flowering, 
https://isha.sadhguru.org/global/en/wisdom/article/yoga-technology-ultimate-flowering

2https://www.culturaydeporte.gob.es/mgreco/ en/inicio.html

3https://www.grandpalais.fr/fr/article/greco- face-la-posterite-le-regard-des-artistes-sur-son-oeuvre

4Maurice BarrèsGreco ou Le secret de Tolèdehttps://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6225181k/ f57.item.texteImage

5https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Martyre_de_- saint_Maurice

vendredi 25 juin 2021

Fate,Destiny et “緣”

Le "destin" est ce que vous créez pour vous-même. La "fate", c'est lorsque vous ne parvenez pas à créer votre propre destin.

Que ce soit le "destin" ou la "fate" dépend de l’"homme" impliqué, c'est "緣".

1, “Fate”“Destiny”

(1) Fate


Le terme "fate" vient du mot latin "Fatum" qui signifie "ce qui a été dit". Par conséquent, à travers les âges, le "fate" a été associé à ce qui a été prédéterminé pour nos vies. 


(2) Destiny


Le "destin" a des connotations beaucoup plus positives que le "fate", dérivé du mot latin "Destinare", le destin signifie "ce qui a été fermement établi". Si cette définition renvoie également à l'idée d'événements prédéterminés, le destin est quelque chose que nous pouvons activement façonner et modifier. 



2, Le caractère chinois “” (https://coeur-et-esprit.blogspot.com/2015/11/et-livre-des-transformations.html)


fils de soie

signe, image de  (Yi JingYi King, 易经)

représente l'ensemble des signes liés par des fils de soie, donc l'ensemble des facteurs liés à l'interaction avec l'environnement à travers le temps et l’espace.


Le Yi Jing offre à l’homme une clé intemporellement neuve pour pénétrer l’énigme de son destin.